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18 avril 08
Voila le
discours complet du président de la République prononcé à l'Espace
Culturel François Mitterrand.

Monsieur le Maire,
Monsieur le Président du Sénat, cher Christian,
Madame
la Ministre, chère Roselyne,
Messieurs les Ministres, chers Hubert, Gérard,
Cher
André ROSSINOT, que je salue en voisin,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Mesdames, Messieurs,
Je
viens de visiter l’hôpital de Neufchâteau. Si j’ai choisi cette
commune pour lancer avec Roselyne BACHELOT la réforme de l’hôpital,
ce n’est pas un hasard. Il y a six mois, j'étais au Centre
hospitalier et universitaire de Bordeaux. Aujourd’hui, j’ai souhaité
mettre à l’honneur un hôpital de taille moyenne en zone rurale,
situé au carrefour de quatre départements, confronté au
vieillissement de la population et donc appelé à coopérer avec
d’autres établissements pour développer son activité.
Ce
n’est pas un hasard si j’ai choisi de venir à Neufchâteau, parce que
je veux affirmer que la réforme de l’hôpital ne se fera pas sans les
territoires. La réforme de l’hôpital a un seul objectif : offrir à
tous les Français, sur tout le territoire, un égal accès aux soins
de qualité.

J’ai
rencontré, il y a quelques instants, l’association des personnes
sur-irradiées de l’hôpital d’Epinal. Je le dis devant le maire d'Epinal.
Ce qui s’est passé à Epinal est un drame national mais aurait pu se
passer dans bien d'autres endroits. Ici comme ailleurs, la
solidarité de la Nation doit s’exprimer pleinement envers les
personnes les plus touchées. Ce drame montre que la qualité des
soins ne va pas de soi, qu'elle n’est pas acquise une bonne fois
pour toutes. Elle se mérite, elle s’organise jour après jour avec
méthode, avec rigueur et avec vigilance. Il ne servirait à rien de
stigmatiser une ville ou un centre hospitalier. Nous avons eu des
problèmes à Toulouse et nous pourrions en avoir dans d'autres
endroits.
Pour
assurer à nos concitoyens des soins de qualité, il faut prendre la
mesure des exigences de chacune et de chacun des Français. Les
Français attendent des résultats, moi, bien sûr, mais pas seulement.
Ils attendent des résultats de leur hôpital et ils attendent des
résultats de leur médecin. Il faut prendre la mesure du progrès
médical. Des maladies sont diagnostiquées qui restaient auparavant
dans l’ignorance. Il faut prendre la mesure de l’évolution de notre
démographie. Il faut prendre la mesure de l’aspiration des
professions de santé à travailler davantage ensemble pour mieux
soigner, parce qu'ils savent bien que l'on est efficace lorsque l'on
travaille en équipe.
Alors,
il va y avoir des mutations profondes de notre système de santé. Ces
mutations, nous avons deux choix : on subit, cela n'empêchera pas
les mutations ou on essaye d'anticiper en s'organisant de façon
durable. Cet effort d'organisation ne peut pas être approximatif et
il ne peut pas être improvisé.
C’est
dans ce contexte que j’ai décidé de confier à la commission présidée
par Gérard LARCHER le soin de réexaminer les missions de l’hôpital.
Je veux d'abord rendre hommage à Gérard LARCHER. C'est un homme qui
a des qualités d'exception qu'il a mises en oeuvre au service de la
France lorsqu'il était au gouvernement et qui a fait un travail
remarquable à propos de l'hôpital. Il m'a remis ses propositions, il
y a une semaine, après avoir mené une très large concertation. Je
suis très reconnaissant à Gérard LARCHER et à Roselyne BACHELOT
d'avoir travaillé en bonne intelligence, main dans la main. Enfin,
voilà deux personnes en situation de responsabilités qui, plutôt que
de s'opposer, ont additionné leurs compétences et leur intelligence
pour aboutir à un travail qui va permettre, ce que l'on n'a jamais
fait depuis des décennies, de réorganiser l'hôpital. La commission
était pluraliste. Toutes les idées et toutes les professions ont pu
s’y exprimer.
Les
mesures préconisées vont dans le bon sens. Elles cherchent à
promouvoir un hôpital moderne, au service des usagers. Elles
soulignent les apports d’une coopération organisée entre les
établissements pour mieux prendre en charge les malades.

Je
n'ignore nullement que l'on va être critiqué par tous ceux qui
auraient dû faire, depuis bien longtemps, la réforme de l'hôpital et
qui se sont abstenus de la faire pour une raison, c'est que c'était
difficile, et par tous ceux qui craignent la difficulté de cette
réforme et qui seront bien contents qu’on la fasse à leur place.
Avec le
Premier ministre et le Gouvernement, je fais mienne la plupart des
propositions du rapport
LARCHER. Nous voulons quoi ? :
- Que
les urgences fonctionnent mieux, ce qui exige que médecins de ville
et praticiens hospitaliers travaillent ensemble. L’opposition entre
médecine de ville et médecine hospitalière n’a aucun sens.
- Nous
voulons que la nécessaire recomposition hospitalière soit la garante
d’une offre de soins d’égale qualité sur l’ensemble du territoire ;
c’est la raison de la présence d’Hubert FALCO, en charge de
l’aménagement du territoire. Je mets au défi quiconque d’oser dire
aux Français que la recomposition hospitalière n’est pas
indispensable.
- Que
l’hôpital public soit plus performant et mieux géré. Qui peut me
dire que l’organisation actuelle de l’hôpital public ne produit pas
des effets pervers, notamment sur la qualité de vie des praticiens
et des agents à l’intérieur de l’hôpital ?
- Que
l’enseignement et la recherche maintiennent l’excellence de la
médecine française. Cela, ce sont les objectifs. La réforme de
l’hôpital doit commencer aux urgences. Le bon fonctionnement des
urgences, c’est la première attente des Français. C’est par le
service des urgences qu’entre une personne hospitalisée sur cinq.
Les
urgences, qui relèvent de l’hôpital, et la permanence des soins, qui
relève de la ville, c’est une révolution que je vous annonce, seront
gérées d’une même main. Cette responsabilité sera confiée aux
agences régionales de santé qu’on appelle les ARS qui gèreront donc
la complémentarité des urgences hospitalières et de la permanence de
soins.
Les
appels d’urgence et la permanence des soins- tenez-vous bien- seront
désormais régulés par un numéro unique. Ce numéro unique mobilisera
la médecine de ville quand il le faut et l’hôpital quand c’est
nécessaire. Il faut que la médecine de ville oublie de considérer
l’hôpital comme l’adversaire qui prendrait les patients, et que la
médecine hospitalière considère que la médecine de ville peut
remplir aussi une mission de service public. Au sens de la santé de
nos compatriotes.
Nous
allons développer les maisons de santé pluridisciplinaires qui
seront mises en place pour les soins de premier recours. Nous
créerons une centaine de maisons de santé pluridisciplinaire en
2008, autant en 2009. Je fais confiance au Conseil national de
l’ordre des médecins pour que les médecins assurent effectivement
cette permanence des soins, au service de nos concitoyens. Il y
avait un problème de permanence des soins. On peut ne pas vouloir le
dire, dans ce cas là, on s’interdit de poser le bon diagnostic.
Je veux
par ailleurs que l’hôpital s’organise pour prendre en charge l’aléa
de l’urgence. La gestion des lits doit être informatisée. Un accès
direct aux services de médecine et de chirurgie doit être possible
pour réduire les délais d’attente.
L’hôpital doit être capable de mieux gérer ses relations avec les
médecins de ville. Nous créerons des permanences téléphoniques dans
les services, il faut des messageries sécurisées entre l’hôpital et
les médecins de ville qui ont envoyé leurs patients à l’hôpital et
qui doivent pouvoir le suivre. Quand un médecin de ville envoie un
patient à l’hôpital, il est normal que le médecin de l’hôpital
tienne au courant le médecin de ville de ce qui se passe avec le
patient qu’il a adressé. C’est cela la confiance.

L’ensemble de ces engagements sera pris en compte par la Haute
autorité de santé lorsqu’elle se prononcera sur la certification des
établissements et l’évaluation des pratiques médicales. Pour que les
urgences fonctionnent mieux, ce qui est un problème considérable,
l’hôpital doit s’adapter au vieillissement de la population. Je
souhaite ici réaffirmer le rôle central des hôpitaux locaux dans la
prise en charge rapide et proche des malades, surtout lorsqu’ils
sont âgés. Et si la personne très âgée doit être hospitalisée, elle
ne doit pas forcément arriver aux urgences. Je veux dire une chose
qui me paraît de bon sens : c’est que l’accès direct au service de
gériatrie doit être possible, ce qui est moins traumatisant pour le
patient âgé et ce qui désencombre le service des urgences qui n’a
pas que cela à faire.
La
personne très âgée doit bénéficier de l’attention d’un coordonnateur
des soins, comme le Plan Alzheimer, Roselyne, le prévoit. Dans ce
cas, ce dont le patient a besoin, c’est de beaucoup plus qu’un
traitement : c’est que soit préparée, dès le début de
l’hospitalisation, la prise en charge à sa sortie de l’hôpital. Dans
un autre service de l’hôpital ? Ou à son domicile ? Ou en moyen
séjour ? Ou en maison de retraite ? Il appartiendra au coordonnateur
des soins de faire les propositions adaptées pour chaque cas. C’est
l’exemple même des nouveaux métiers que je souhaite promouvoir à
l’hôpital. Combien pourraient me dire que dans les services de
médecine il s’y trouve des personnes âgées que l’on maintient
artificiellement dans les services de médecine parce que l’on n’a
pas préparé un accueil en long séjour, en moyen séjour, ou en maison
de retraite ?
En
court séjour, l’hôpital doit se recentrer sur son coeur de métier.
Alors qu’est-ce que c’est que le cœur de métier de l’hôpital : c’est
la prise en charge de la phase aiguë des maladies. Simultanément, je
veux que l’hôpital puisse aussi offrir une prise en charge « post
aiguë » du malade, qu’il soit âgé ou handicapé. Pour cela, il doit
adapter son offre de service. J’appelle l’hôpital à faire ce double
mouvement : recentrage sur son coeur de métier la phase aiguë de la
maladie et reconversion vers la prise en charge du grand âge et de
la dépendance. Prendre en charge le grand âge et l’indépendance,
cela doit être un hôpital adapté qui doit le faire. C’est une
nécessité absolue pour que notre pays accompagne dignement nos aînés
et nos concitoyens les plus fragiles.
La
réforme de l’hôpital, ce sera donc une recomposition de l’offre de
soins sur chaque territoire. Les mots ont un sens. On va recomposer
l’offre de soins sur chaque territoire, on n’en abandonnera aucun.
La
recomposition hospitalière, qui permettra de mieux organiser les
prises en charge, c’est la deuxième attente des Français.
Mais
que les choses soient claires : la réforme de l’hôpital ce n’est pas
la fermeture des hôpitaux. La fermeture des hôpitaux, c’est si on ne
fait pas de réforme de l’hôpital, alors là, c’est sûr, et je suis
prêt à faire débat avec qui veut là-dessus parce que le refus de la
recomposition conduira à la fermeture des hôpitaux dans la pire des
conditions soit parce que les patients ont déserté soit parce que
les praticiens ne seront plus candidats soit parce que les moyens ne
seront plus alloués. La fermeture des hôpitaux, ce n’est pas la
réforme que nous proposons, c’est le refus de la réforme qui
conduira à la fermeture des hôpitaux, ce n’est pas une question de
gauche ou de droite, de majorité ou d’opposition, cela sera le
problème de tout gouvernement qui n’aurait pas la sagesse de
réformer l’hôpital.
L’objectif qui nous guide est simple : permettre l’accès à des soins
de qualité pour tous. L’hôpital doit donc s’adapter. Des services de
chirurgie ou des maternités qui n’offrent plus de sécurité
suffisante seront reconvertis. Mais il ne s’agit pas de fermer des
sites. La santé est une aspiration trop essentielle de chacune et
chacun d’entre nous pour que nous ayons une approche binaire de la
réforme de l’hôpital. Je ne veux pas d’une réforme binaire. Je
souhaite une réforme ambitieuse de l’hôpital, pour un service public
hospitalier conforté mais recomposé.
La
recomposition hospitalière, cela revient à donner à chaque site
hospitalier l’assurance qu’il peut appartenir à un ensemble plus
vaste, doté d’un plateau technique de qualité. C’est tout le sens,
Cher Gérard, des communautés hospitalières de territoire que tu
proposes à juste raison. La communauté hospitalière de territoires
va faire naître des hôpitaux multi-sites. D’abord je m’inscrirai en
faux contre cette vision technocratique qui explique « un hôpital,
un site ». C’est une erreur absolue, on peut parfaitement avoir un
hôpital sur plusieurs sites. Ces hôpitaux de nouvelle génération
seront dotés des compétences et des équipements nécessaires pour
offrir des soins de qualité optimale à un bassin de population. Les
communautés hospitalières de territoire sont une condition de
l’accès à des soins de qualité pour tous. Les communautés
hospitalières de territoire, ce sont aussi des conditions de travail
améliorées et sécurisées pour le personnel hospitalier.
Aujourd’hui, dans un territoire donné, les hôpitaux publics
devraient avoir mille bonnes raisons de construire un projet médical
commun pour mieux servir la population. Pourtant, ils ne le font pas
suffisamment. Je partage l’analyse du rapport LARCHER : c’est un
problème d’incitation. Alors, moi, je n’ai pas été élu pour
contourner les problèmes, je vais les prendre bien en face, les uns
après les autres, dans ce domaine comme dans les autres. Je vais
changer la règle du jeu. J’ai demandé à Roselyne BACHELOT que les
aides à la contractualisation et les subventions du programme «
Hôpital 2012 » bénéficient davantage aux hôpitaux publics qui
forment une communauté hospitalière de territoire. C’est, Roselyne,
une dizaine de milliards d’euros, une dizaine de milliards d’euros
que la Nation va investir dans les modernisations de son hôpital
public. Je mets au défi quiconque de dire que l’on ne croit pas en
l’hôpital public. Mais le ministre de la Santé donnera par priorité
cet argent à ce que l’on appelle ces communautés hospitalières de
territoire, c’est-à-dire des établissements qui acceptent de se
mettre en réseau.
Sur la
base du projet médical commun, les établissements concernés auront
l’occasion de mettre en oeuvre de multiples synergies. La direction,
la gestion du corps médical et des cadres paramédicaux et
techniques, les investissements, les fonctions support, je ne vois
pas pourquoi on ne les partagerait pas.
Les
communautés auront donc d’une part des compétences obligatoires pour
faire jouer les synergies à plein et d’autre part des compétences
optionnelles en fonction des voeux de chacun. Moi je crois à la
liberté d’organisation. On n’est pas obligé d’organiser toutes nos
communautés hospitalières de territoire de la même façon. C’est un
mal français, que de croire que l’égalité consiste à traiter toutes
les situations par l’uniformité. L’égalité, ce n’est pas
l’égalitarisme, ce n’est pas l’uniformité. L’égalité consiste au
contraire à prendre en compte des situations toutes différentes pour
offrir des solutions adaptées.
Les
communautés hospitalières de territoire doivent faire gagner
l’hôpital public en performance et en qualité de soins pour les
patients. Elles ne doivent pas être un alibi pour différer davantage
l’heure des choix. Ces communautés doivent engager les hôpitaux qui
y participent dans une dynamique nouvelle. Mais je le dis, ces
communautés se feront sur la base du volontariat incité. Eh bien,
c’est tout avantage, on oblige personne, on est en France, mais on
incite ceux qu’ils le veulent. Bien écoutez, qu’est-ce qui
attendrait de nous qu’on mette l’argent public du contribuable sur
des hôpitaux qui n’auraient pas décidé de s’adapter. Rien ne serait
pire que d’imposer de Paris des rapprochements artificiels entre
hôpitaux. C’est à vous de voir cela. Je vois des élus de la
Haute-Marne, c’est à eux de dire comment ils imaginent cela. J’ai
moi-même en mon temps fait une fusion, un rapprochement, les
communautés n’existaient pas à l’époque. Ce sont les besoins de la
population, sur le terrain, qui nous guideront. Je sais que
l’hôpital de Neufchâteau s’insèrera dans une communauté hospitalière
de territoire pour garantir sa pérennité.
Dans
certaines régions, l’offre de soins n’est pas pléthorique. Il ne
sert à rien, alors, de jouer les fiers à bras. Des mises en commun
intelligentes sont possibles aussi entre établissements publics et
établissements privés. Arrêtons de faire une nouvelle guerre sur des
établissements de soins. Il faudra, pour cela, moderniser les
groupements de coopération sanitaire. Ce n’est pas de l’idéologie,
c’est du pragmatisme.
Comme
pour les urgences, j’attends des communautés hospitalières de
territoire des résultats tangibles. Les établissements qui en sont
membres auront défini de façon concertée le rôle de chacun, par
exemple dans la prise en charge de l’accident vasculaire cérébral ou
dans la permanence des soins chirurgicaux. Dans un même territoire,
chaque hôpital doit cesser de vouloir tout faire. C’est l’honneur du
service public d’assurer l’équité dans l’accès aux soins. Le service
public hospitalier, c’est une mission plus qu’un statut. Je souscris
donc pleinement, avec Roselyne
BACHELOT, à la proposition faite par la commission LARCHER d’un
contrat de service public conclu entre l’ARS et les cliniques
privées. Le contrat de service public c’est un mode de
reconnaissance du rôle et de la place des cliniques privées sur le
territoire. La France n’est pas une page blanche. On ne va quand
même pas, nous le gouvernement, réfléchir à l’organisation de
l’offre de soins sur tout le territoire en ignorant l’offre de soins
privée. Enfin, imaginez le ridicule d’une telle approche qui serait
parfaitement idéologique. Certaines des cliniques privées ont
développé des urgences, des actes techniques lourds, des actions de
santé publique. Il s’agit de les reconnaître et de stabiliser une
offre de service public partagée.
Les
contrats de service public comporteront des engagements réels. Je
souhaite que les cliniques et les médecins qui y travaillent
s’engagent sur la permanence des soins. Parce que si l’on veut un
contrat de service public, on ne peut pas en avoir les avantages et
ne pas en avoir les inconvénients. Je suis pour un système de
responsabilisation de tout le monde. Je souhaite qu’ils prennent des
engagements sur les dépassements d’honoraires, parce que les
dépassements d’honoraires posent parfois des problèmes d’accès aux
soins. Même si cela ne plaît pas à tout le monde que je le dise, je
le dis, parce que c’est ce que je pense et parce que c’est la
vérité. Les tarifs du secteur 1 doivent être accessibles de droit
dans un certain nombre de cas. Et les dépassements, dans les autres
cas, doivent être annoncés à l’avance et être la contrepartie de
qualifications et de compétences soumises à évaluation régulière. On
ne peut pas accepter la loterie des tarifs, pardonnez-moi le terme,
mais cela existe. C’est une question, pour le coup, d’équité dans
l’accès aux soins.
La
troisième attente des Français, c’est que l’hôpital public soit plus
performant. Le chantier est immense et je vous garantis que je serai
aux côtés de Roselyne pour conduire avec détermination, et l’aider,
après qu’elle aura écouté l’ensemble des parties en présence, à
arriver au résultat. Je sais que l’hôpital a vécu plusieurs fois le
grand soir et que certains en conçoivent une certaine lassitude.
Mais nous parlons de la pérennité de l’hôpital public. Et mon
devoir, c’est de faire en sorte que l’hôpital public réussisse. Il
ne peut pas réussir dans les conditions actuelles.
Je le
dis sans détour : la réforme n’est pas en opposition avec les
réformes précédentes. Elle va plus loin elle les ajuste et elle les
complète notoirement. Il faut aller jusqu’au bout ainsi dans la mise
en place des pôles d’activité médicale. Mais il faut aller plus
loin.
La
gouvernance de l’hôpital public doit être réformée. Alors là on
arrive dans le dur et pourtant, c’est si facile à comprendre. Il
faut à l’hôpital public un patron et un seul, excusez-moi. Ce
patron, c’est le directeur. Cela ne veut pas dire qu’il agit seul.
Cela ne signifie pas qu’il peut ignorer la réalité médicale dans ses
décisions. Lui qui n’est pas un médecin, mais il faut bien qu’il y
ait quelqu’un qui décide et qui assume ses responsabilités. Décider
impose de discuter. Le projet médical de l’établissement sera
naturellement conçu conjointement avec les médecins. Comment
pourrait-il en être autrement ? Mais il faudra bien, au bout du
compte, qu’investi de l’autorité, quelqu’un décide et assume la
responsabilité de ses décisions. C’est ce que nous attendons d’un
directeur d’hôpital.
C’est
ce nous attendons d'un directeur d’hôpital. Ecoutez aujourd'hui à
l'hôpital, c'est simple, tout le monde a son mot à dire pour dire
non et personne n'a assez de force pour dire oui. Quand on dit, on
vous a dit non, qui vous a dit non ? On ne sait pas, parce que
personne n'est investi du pouvoir de dire non ou du pouvoir de dire
oui. On ne fait pas le choix du directeur par rapport au médecin.
C'est absurde. Mais il faut bien qu'il y ait quelqu'un dont c'est le
métier à plein temps d'assumer ses responsabilités de direction d'un
hôpital.
Le
directeur doit donc diriger l’hôpital en maîtrisant les ressources.
Dans l’esprit de la reforme que nous vous proposons, nous voudrions
transformer le conseil d’administration de l’hôpital en conseil de
surveillance. J'ai siégé pendant vingt ans dans un conseil
d'administration, je mets là aussi au défit quiconque de m'expliquer
que le conseil d'administration de l'hôpital administre. Je suis
prêt à discuter avec ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans un
hôpital.
Mais
enfin, celles et ceux d'entre-nous qui ont à gérer : le conseil
d'administration doit surveiller. La véritable mission du conseil
actuel, c'est de surveiller. Vous voyez se dessiner l'architecture.
Un directeur qui décide, qui assume, un conseil d'administration
d'aujourd'hui qui deviendrait conseil de surveillance. Quand on
vient trois ou quatre fois par an dans l'hôpital, on est plus un
conseil de surveillance qu'un conseil d'administration.
Ce
dernier, conseil de surveillance, aurait pour mission de valider la
stratégie de l’établissement, cela compte, de veiller aux équilibres
financiers, pardon de le dire aujourd'hui, 70% des membres de
conseil d'administration actuel signent a posteriori des comptes
qu'ils ont le plus grand mal à suivre, par ailleurs. Le président du
conseil pourrait être élu soit au sein du collège des élus, soit au
sein du collège des personnalités qualifiées. Je n'ai pas de
religion en la matière. Je pense qu'il faudrait laisser une certaine
souplesse. Il est des élus très engagés, pourquoi les en empêcher ?
Il est des élus qui ne s'y intéressent pas, pourquoi leur donner une
place statutaire ? Ne nous enfermons pas trop.
Roselyne conduira cela avec maestria.
Pardon,
mais j'ai voulu, ce matin, rentrer dans le contenu de la réforme.
C'est une réforme essentielle pour notre pays. Le directeur serait
nommé, sur la proposition du conseil de surveillance, et vous voyez
se dessiner un conseil de surveillance compétent pour la stratégie,
proposant la nomination d'un directeur garant des grands équilibres
financiers. C'est fantastique car quand on comprend une réforme,
cela a une chance de passer quand même. J'en ai vu tellement
expliquer des réformes qu'ils ne comprenaient pas. Cela me paraît
assez clair. Donc le directeur serait nommé sur proposition du
conseil de surveillance par le directeur de l'ARS. Le directeur
serait président du directoire. Le président de la commission
médicale d’établissement serait le vice-président du directoire pour
exprimer au plus haut niveau la légitimité médicale. Là, vous avez
un système qui a un peu de sens. Un conseil de surveillance,
stratégie, équilibre financier, proposition de nomination pour
l'ARS, un directoire, le patron c'est le directeur, vice-président,
le président de la CME qui inscrit ainsi dans la marche de l'hôpital
les médecins, qui n'avaient jamais étaient inscrits de cette façon.
Je connais des hôpitaux où le président de la CME a trop de pouvoir,
j'en connais où il n'en a pas assez. Là, il a une place statutaire.
En reconnaissant ainsi qu'un hôpital sans projet médical, ce n'est
pas grand-chose. Le directeur serait responsable devant l’ARS des
résultats de l’établissement en fonction des objectifs qui lui
auront été fixés. Dans ce cas-ci, le directeur est le patron, il est
responsable. Dans ce schéma, le directoire adopterait le budget de
l’établissement conformément à la stratégie validée par le conseil
de surveillance.
L’autorité n’exclut pas la concertation et la pédagogie. Le
directeur doit pouvoir gérer et affecter les ressources humaines en
fonction du projet stratégique de l’établissement. Il rendrait des
comptes auconseil de surveillance. Il serait nommé pour une durée
déterminée -par exemple cinq ans et une partie de sa rémunération
serait liée à ses résultats tant en matière de qualité des soins que
de gestion des ressources humaines et de gestion financière. Son
affectation pourrait changer sur décision du directeurde l’ARS. Vous
voyez que c'est une réforme historique pour notre hôpital et
l'hôpital, c'est 1 100 000 personnes qui y travaillent. Le Chef de
l'Etat doit s'y intéresser parce que l'hôpital c'est un condensé
dela société française, on y nait et on y meurt, on y est heureux,
on y est malheureux. Beaucoup des valeurs de notre société se
retrouvent de façon aiguë à l'hôpital.
Parlons
maintenant de la gestion des carrières des praticiens hospitaliers.
Cela fait bien longtemps que je pense qu'elle doit être modernisée,
bien longtemps. Les praticiens seraient nommés, sur proposition du
directoire, par le directeur de l’ARS et nous voudrions proposer
deux cadres d’exercice seraient proposés aux médecins à l’hôpital :
Une grande nouveauté, merci mon cher Gérard, un cadre statutaire et
un cadre contractuel, donc les cadres hospitaliers auraient le
choix. Le cadre statutaire pourrait comporter, sur option, une part
variable permettant de mieux reconnaître les responsabilités et
l’activité sur option, c'est un contrat. On peut donc parfaitement
imaginer dans le cadre statutaire un système de rémunération dont
une part variable serait fonction de l'activité et du respect des
objectifs fixés. Le cadre contractuel, accessible lui sur option,
serait déterminé par accord entre les parties et s'inspirerait du
droit du travail. Donc, il y aurait le choix pour les praticiens
hospitaliers entre ces deux possibilités.
Je
voudrais m’adresser aussi aux quelque 40 000 praticiens
hospitaliers, 40 000. La réforme de l’hôpital ne se fera pas contre
vous, elle se fera avec vous. Avec la tarification à l’activité, un
rapport plus direct s’est établi entre votre pratique médicale et le
dynamisme de votre établissement. Je souhaite que votre rémunération
traduise davantage cette réalité. C’est la meilleure forme de
reconnaissance de la qualité de votre travail, de votre dévouement
au patient et de cet esprit de service public qui vous anime.
Puisqu’il est question du dévouement des personnels, vous me
permettrez d’évoquer la situation des médecins étrangers titulaires
d’un diplôme obtenu hors Union européenne. Voilà encore un problème
qui traîne, qui traîne au mépris des situations humaines d'ailleurs.
Moi, je veux dire que ces médecins étrangers titulaires d'un diplôme
obtenu hors de l'Union européenne jouent un rôle important dans
certains hôpitaux. Je souhaite que leur travail soit mieux reconnu.
Je souhaite que d’ici 2011 il leur soit permis d’accéder, après
validation de leurs compétences et de leur expérience, au plein
exercice de leur métier, comme cela au moins c'est clair. On ne peut
pas continuer dans une espèce de situation de non droit parce que
l'on ne trouvait pas de candidat français ou européen, on en a fait
venir d'autres et on les maintient dans un système dont personne ne
comprend quel est le statut exact.
Les
modalités et le contenu des épreuves de leur examen vont donc être
aménagés par le ministère de la Santé pour permettre à chacun de
faire valoir au mieux ses compétences professionnelles. Écoutez, il
faut que la France soit digne à l'endroit de ceux dont elle apprécie
par ailleurs le travail.
Ces
mesures sont justes et nécessaires. Mais je n’oublie pas cependant
que l'Afrique supporte 24% du fardeau des maladies et ne possède
désormais plus que 3% du personnel médical et sanitaire. Ils ont 24
% des maladies et 3 % du personnel sanitaire. Aujourd’hui, il y a
plus de médecins béninois à Paris que dans tout le Bénin. C'est
vrai, je ne veux pas que la France s’engage à son tour dans une
opération de pillage des cerveaux. L’immigration ne saurait être
considérée comme la solution aux difficultés de l’accès aux soins
que connaît notre pays. La réponse réside dans la formation des
professions de santé et dans l’organisation des soins sur le
territoire. Ne comptons pas sur les autres pour résoudre tous nos
problèmes. Comptons d’abord sur nous-mêmes et sur notre capacité à
nous adapter et à nous réformer.
La
gestion de l’hôpital public doit être plus libre. Je veux poser le
principe de la liberté d’organisation des établissements. Il est
absurde que le code de la santé publique définisse, à la
sous-commission près, le détail de l’organisation interne de
l’hôpital. Ces dispositions sont d’un autre âge. Elles ne protègent
plus : elles paralysent notre système de soins. Je souhaite que l'on
y mette un terme et depuis le temps que j'entends dire cela dans les
hôpitaux, c'est fait, c'est décidé.
Pour
introduire davantage de réactivité dans la gestion, on va donc
moderniser le statut de l’hôpital public. Cela permettrait à
l’hôpital de bénéficier de certains assouplissements aux règles des
marchés publics.
Les
comptes des hôpitaux publics seraient certifiés pour mieux
responsabiliser le conseil de surveillance et le directeur. D’autres
innovations de gestion pourront être prises en compte au fil du
temps chère Roselyne, en fonction des besoins.
J’attends de la modernisation de la gestion de l’hôpital public des
résultats concrets pour les finances publiques. Ces mesures doivent
permettre aux hôpitaux d’être tous à l’équilibre d’exploitation
d’ici 2012. Écoutez, excusez-moi on ne peut pas demander à un Chef
de l'État de considérer comme normal que des hôpitaux soient en
déficit structurel et récurent.
Cet
objectif s’applique à tous les hôpitaux publics. Les assistances
publiques de Paris et de Marseille, les hospices civils de Lyon sont
concernés comme les autres. J’attache une importance particulière à
ce que ces grands ensembles hospitaliers soient exemplaires, aussi
efficients et aussi économes des ressources de l’assurance maladie
que les autres établissements publics ou privés. Il ne manquerait
plus que l'on soit plus exigeant avec l'hôpital de Neufchâteau
qu'avec un centre hospitalier universitaire sous prétexte qu'il soit
à Paris ou à Marseille. C'est extrêmement important dans mon esprit.
Je souhaite donc que l’on réfléchisse à l'organisation interne de
ces grands établissements qui pourrait être filialisée. Plus
généralement, c’est l’ensemble des acteurs de santé, publics et
privés, de l’hôpital et de la ville, qui doivent faire preuve d’un
sens accru de leurs responsabilités.
La
quatrième attente des Français, c’est que l’enseignement et la
recherche biomédicale conservent à notre médecine son excellence.
Nos médecins comptent parmi les meilleurs au monde. Et le défi
Gérard, c'est qu'il le reste. Pour cela une politique d’excellence
qui soit conforme aux standards internationaux.
L’enseignement de la médecine ne sera supérieur que s’il s’adosse à
une recherche de qualité.
L’enseignement et la recherche en santé doivent donc être inclus
dans la réforme des universités.
Pardonnez cette lapalissade, l’hôpital universitaire, c’est encore
et toujours l’université. Il ne s’en distingue pas. Je ne veux pas
d’une exception culturelle qui doterait l’enseignement et la
recherche en santé d’un statut ou de règles de fonctionnement
particuliers. L’enseignement et la recherche en santé doivent obéir
aux mêmes modes d’évaluation et de financement que les autres.
La
règle absolue, qui prime sur toutes les autres, c’est l’évaluation.
Les équipes de recherche des CHU doivent être évaluées par l’agence
d’évaluation des établissements d’enseignement supérieur et de
recherche –l’AERES. Cette évaluation doit être conduite selon les
règles de l’art, ses résultats rendus publics et suivis d’effets.
Sur la
base de l’évaluation, le financement de la recherche biomédicale
doit comporter des financements sur projets blancs- par l’agence
nationale de la recherche- et des financements thématisés. Pilotés
par l’Inserm dans les grands champs de la pathologie que sont les
maladies cardio-vasculaire, les neurosciences, les maladies
infectieuses et le sida, les maladies du développement, les travaux
de recherche seront menés dans des universités autonomes devenues à
la fois opératrices de la recherche fondamentale, actrices de la
recherche clinique et terrain privilégié de la formation des jeunes
médecins. Il faut abattre les murs.
Je
souhaite que Roselyne BACHELOT et Valérie PECRESSE unissent leurs
forces dans cette direction. Il n’y a pas d’autre méthode possible
quand on vise l’excellence internationale pour la France.
L’immobilisme ne produira aucun résultat. L’hôpital doit se
moderniser.
J’ai
fixé le cap de la réforme, elle sera conduite par Roselyne, la
commission LARCHER a fait un travail remarquable. Roselyne va
conduire une nouvelle concertation au printemps et à l'été.
Je
souhaite qu’un projet de loi soit présenté au Parlement cet automne.
Ce texte ambitieux aura pour objectif de favoriser l’accès à des
soins de qualité pour tous. Ce sont là nos valeurs.
Mesdames et Messieurs, je ne puis faire comme les autres, dire que
c'est pour plus tard, ou comme tant d'autres prendre le rapport de
Gérard Larcher, faire semblant de le lire, le mettre sur la pile des
autres rapports et n'en tenir aucun compte. Ce n'est pas la
stratégie que j'ai voulu retenir. Il faut bien comprendre que dans
cette démarche, c'est une marque profonde de l'intérêt que le
gouvernement, le
Premier
Ministre et moi-même portons à l'hôpital public. C'est justement
parce que nous croyons en l'hôpital, que l'hôpital nous passionne et
que nous voulons respecter les femmes et les hommes qui y
travaillent tous les jours, médecins ou autres que nous voulons
porter cette réforme. Cela a été troplongtemps différé. Et
croyez-moi, c'est moins compliqué qu'il n'y paraît. Parce que nous
nous allons parier sur votre esprit de responsabilité. Nous vous
faisons confiance pour comprendre que c'est l'avenir de l'hôpital
qui est en cause. Ces évolutions que j'ai proposées jettent les
bases d'un système de santé efficace, moderne et juste.
J'espère que vous avez compris que dans mon esprit cette réforme,
c'est une réforme majeure.
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